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Audition 02/11/2011

Audition de Serge LEPELTIER, Ambassadeur chargé des négociations sur le réchauffement climatique

Audition de Serge LEPELTIER
Ambassadeur chargé des négociations sur le réchauffement climatique
Mercredi 2 novembre 2011


Intervention de Stéphane DEMILLY


Depuis sa création le 1er juillet 2009, notre commission du développement durable a reçu l’Ambassadeur de France en charge des négociations sur le réchauffement climatique avant chaque grand rendez-vous international sur le climat.

C’est ainsi que nous avons auditionné à deux reprises Brice LALONDE, à qui vous avez succédé en février dernier :
- une première fois en octobre 2009, dans la perspective du sommet de Copenhague,
- et une seconde fois en novembre 2010, dans la perspective du sommet de Cancun.

Aujourd’hui, nous avons donc le plaisir de vous recevoir pour évoquer tout particulièrement la préparation du prochain sommet des Nations-Unies à Durban, en Afrique du sud, qui doit se tenir dans quelques semaines.

A ce titre, je voudrais tout d’abord vous remercier de votre intervention, qui a permis de bien resituer les enjeux de cette échéance internationale importante pour l’avenir de notre planète.

Il y a deux ans, Copenhague nous a laissé un goût amer.

Comme tous ceux qui y ont participé, j’en suis sorti déçu et frustré, avec le sentiment d’un incroyable décalage entre les convictions affirmées et le contenu de l’accord présenté.

Malgré deux ans de négociations préalables et les intenses efforts diplomatiques de la France et de l’Union Européenne, il n’en est ressorti aucun engagement chiffré contraignant.

On a du à l' époque se contenter d’un accord politique de principe – et encore !

Retenons tout de même que l’on a réuni 192 pays et 119 chefs d’État et de gouvernement, ce qui en a fait le plus grand rassemblement de l’histoire des Nations unies, et que des décisions d’importance y ont été annoncées, relatives au fonds de solidarité et à la lutte contre la déforestation.

Certes, le sommet de Cancun au Mexique, en décembre dernier, a permis un certain rattrapage, en permettant notamment d’obtenir un engagement international à limiter le réchauffement à 2°C d’ici la fin du siècle, ainsi que des avancées sur la mise en place du fameux « fonds vert » d’aide à l’adaptation au changement climatique.

Moins d’un an plus tard, malheureusement, ces avancées positives semblent déjà mises en péril.

En premier lieu, le GIEC (le groupe d’experts international sur l’évolution du climat) a estimé récemment qu’une hausse de plus de 2°C des températures est d’ores et déjà inéluctable d’ici la fin du siècle, quels que soient les efforts qui pourront être fournis.

La France en a d’ailleurs pris acte avec pragmatisme, en adoptant en juillet dernier son plan national d’adaptation (j'insiste sur le mot) au changement climatique. La sémantique, comme très souvent, n’est bien sûr pas neutre…

D’autre part, les préoccupations immédiates liées à la crise économique et financière mondiale ont, depuis, pris clairement le pas sur les préoccupations environnementales, perçues comme moins urgentes voire moins importantes.

Ainsi, aux Etats-Unis, le Président OBAMA, qui avait suscité beaucoup d’espoirs parmi les défenseurs de l’environnement, s’est fait sévèrement interpeller l’été dernier par l’ancien Vice-Président Al GORE pour n’avoir pas su ou voulu mobiliser l’Amérique dans la lutte contre le réchauffement climatique.
Et pourtant les Etats-Unis représentent, avec la Chine, 40% des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
Enfin, une nouvelle perspective inquiétante se profile. Celle de l’arrivée à échéance, l’an prochain, des accords de Kyoto, qui ont été signés en 1997 et qui constituent, à ce jour, le seul cadre juridique un tant soit peu contraignant qui existe en matière de lutte contre le réchauffement climatique.
Si rien ne vient remplacer Kyoto, nous risquons de nous retrouver dans une situation de vide juridique forcément préjudiciable…

Mais le pessimisme n’a jamais résolu les problèmes. C’est pourquoi le groupe Nouveau Centre souhaite, de façon pragmatique, que la France, qui a toujours été leader sur cette question, se donne deux grandes priorités pour Durban :

- tout d’abord, parvenir à prolonger sous une forme juridique le protocole de Kyoto, avec comme objectif de parvenir à terme à un accord juridiquement contraignant et allant au-delà des simples déclarations politiques,
- ensuite, parvenir à rendre opérationnel le fonds vert d’adaptation au réchauffement climatique, ce qui suppose de résoudre la question de son financement.

Comme vous le savez, il est prévu que ce fonds parvienne à mobiliser 100 milliards de dollars par an d’ici 2020, et nous en sommes très loin aujourd’hui, c’est un euphémisme ! Plusieurs pistes sont évoquées, comme une taxe sur les transactions financières ou encore une taxe sur le carburant des transports maritimes et aériens.
Il y en a sans doute d’autres, mais il est essentiel d’aboutir sur ce point faute de quoi l’action des Nations-Unies n’aura aucune crédibilité.


Enfin, je voudrais conclure sur une question :

Alors qu’il existe plus de 500 traités internationaux relatifs à l’environnement, y compris le réchauffement climatique, une autre priorité en termes d’efficacité ne serait-elle pas de mettre de la coordination et du volontarisme dans tout cela en relançant l’idée d’une Organisation Mondiale de l’Environnement ?

Je vous remercie.