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Communiqué 14/11/2012

Stéphane Demilly a participé ce matin à une table ronde sur le fret organisée par la Commission du développement durable de l'Assemblée Nationale, dont il est Secrétaire. Il avait reçu préalablement des représentants de la Fédération Nationale des Transporteurs routiers.

Voici l'intervention de Stéphane Demilly:

Monsieur le Président, Mes Chers Collègues,

Alors que le transport par la route reste encore aujourd’hui largement dominant, le Grenelle de l’environnement s’est donné parmi ses objectifs de parvenir progressivement à un report modal de 25% du transport de marchandises de la route vers le ferroviaire et le fluvial.

Je souscris naturellement à cet objectif, notamment pour le fluvial, dont le canal à grand gabarit Seine-Nord Europe, que nous sommes très nombreux à attendre avec impatience, sera l’un des principaux leviers.

Toutefois, une politique de fret efficace ne peut fonctionner que si elle peut s’appuyer sur trois piliers complémentaires et compétitifs (hors aérien): la route, le rail et le fluvial.

Or, la compétitivité du premier, le transport routier de marchandises, est en chute libre dans notre pays.
On a peu parlé des « camions » ce matin. Je sais bien que pour certains, c’est un « gros mot » dans cette commission.


La situation de ce secteur, qui emploie près de 400 000 personnes en France, est plus qu’inquiétante. Il y a eu ainsi 151 dépôts de bilan en octobre dernier contre 108 en septembre, et une augmentation globale des défaillances de 13,4% entre octobre 2012 et octobre 2011.

J’ai rencontré il y a quelques jours les représentants picards de la Fédération Nationale des Transports Routiers [qui tient d’ailleurs son congrès national aujourd’hui et demain], et ils ont mis en évidence quatre problèmes majeurs auxquels leurs entreprises sont confrontées.

Premièrement, la taxe poids-lourds, qui doit entrer en vigueur en juillet 2013. Cette taxe contribuera je l’espère à réduire les gaz à effet de serre… mais ce sera aussi sans aucun doute une véritable usine à gaz pour la répercuter sur les clients… La clé de répartition de faisant entre le nombre variable de clients livrés dans la journée.

Deuxièmement, et pour être bref, le coût du travail, particulièrement lourd dans ce secteur de main d’œuvre soumis à concurrence internationale. Dans ce contexte, la décision de refiscaliser les heures supplémentaires va représenter la perte sèche de près d’un mois de salaire pour les conducteurs car les entreprises ne seront pas en mesure de compenser la différence.

Troisièmement, l’ouverture concurrentielle à l’Europe, une Europe élargie mais sans aucune harmonisation sociale, et où les transporteurs français (qui doivent respecter le « plus blanc que blanc ») ne peuvent pas lutter à armes égales avec leurs concurrents polonais ou encore roumains, qui n’ont ni les mêmes coûts salariaux ni les mêmes contraintes réglementaires.

Et quatrièmement, enfin, la frilosité des banques vis-à-vis d’un secteur jugé « à risque », ce qui achève de fragiliser nos entreprises, avec parfois l’impossibilité de trouver des financements pour renouveler le matériel..

Dans ce contexte, j’aimerais entendre nos invités sur les réponses urgentes qui peuvent être apportées pour sauver nos transporteurs routiers, et donc pour sauver le fret français dans son ensemble.